Encore un livre sur Camille Claudel !
Oui, et pourquoi s'en priver, alors que l'intérêt porté à l’artiste ne fait que croître depuis vingt cinq ans, et suscite sans cesse, en plus des travaux des chercheurs, de nouvelles créations, tant cinématographiques que littéraires, théâtrales et même chorégraphiques ?
Camille Claudel continue de fasciner. La récente biographie de Dominique Bona, Camille et Paul, la passion Claudel, deux fois primée, en témoigne, mais plus encore son oeuvre, qui attire des visiteurs de plus en plus nombreux : en 2006, l'exposition organisée par Reine-Marie Paris au Musée Marmottan a obtenu un immense succès, celle de la Fondation Gianadda, en Suisse (Camille Claudel et Rodin, la rencontre de deux destins), également, et la grande rétrospective du Musée Rodin, en juillet 2008, a fait salle comble...
La main de Rodin, à la différence des nombreux livres parus sur Camille Claudel, n'a rien de biographique, et ne se place nullement dans la lignée de ses prédécesseurs (Une femme, d'Anne Delbée, aux Presses de la Renaissance, et La robe bleue, de Michelle Desbordes, aux éditions Verdier), pour la bonne raison qu'il fait vivre à son héroïne, Camille Claudel, un événement... qu'elle n'a jamais vécu.
Comme tant d’autres avant moi, j’ai été fascinée par cette femme de génie, qu'un destin tragique a enfermé pendant trente ans sous les verrous d'un asile psychiatrique. Enfermée en 1913, à l'âge de quarante-huit ans, Camille est restée à l'asile jusqu'à sa mort, survenue en 1943, sans avoir pu bénéficier d'aucune permission de sortie, ni même d'autorisation à communiquer avec l'extérieur, exception faite de sa famille proche. Au cours de ces trente années, tout porte à croire qu'elle a catégoriquement refusé de reprendre son art, quoi qu'on ait pris la peine de mettre de l'argile à sa disposition. L'internement, pour Camille Claudel, a donc mis un terme à sa vie personnelle, sociale, mais également artistique. Il fut une souffrance de chaque jour, qu'aucune lueur d'espoir ou de joie n'est venue atténuer, en dehors des visites si ardemment attendues de son frère Paul, et de ses neveux.
Aussi n’ai-je pas résisté à la tentation d'inventer de toutes pièces un scénario-fiction : et si Camille Claudel, internée et séquestrée pendant tant d'années, avait pu sortir de son enfer... ? Si l'occasion lui avait été donnée, ne serait-ce que trois jours sur trente ans, de retrouver la liberté... ? Qu'aurait-elle fait de ces trois jours ?
Autant de questions que tous les passionnés de Camille Claudel ne peuvent manquer de se poser et auxquelles, à travers mon récit, j'ai apporté mes propres réponses, sur la base de recherches bibliographiques approfondies.
En effet, l'entorse que j'ai délibérément faite au destin de Camille Claudel n'intéressera le lecteur que si elle lui donne précisément l'occasion d'entrer en contact avec l'artiste et son oeuvre, de mesurer le drame de son échec sentimental et artistique, d'appréhender sa sensibilité, sa maladie aussi (une psychose paranoïde, maladie tout particulièrement difficile à soigner). Aussi ai-je voulu que ce roman soit pour ainsi dire une parenthèse de fiction, insérée et ajustée avec toute la rigueur possible à la biographie avérée de Camille Claudel.
Que mon futur lecteur, cependant, n'attende pas de mon récit celui d'une escapade joyeuse, comparable à une permission de collégien quittant son internat le coeur léger : le respect de la mémoire de Camille et des événements de sa vie rendraient dérisoire et déplacée toute tentative littéraire de cette nature. Ainsi, ces trois jours loin de l'asile, malgré leur flagrante entorse à la biographie de Camille, restent à leur manière fidèles à la réalité, une réalité qui voulait que la libération de Camille demeure jusqu'au bout... une impossibilité.







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